La perle du lac.
Cette « perle du lac », ce n’est pas ce restaurant et son somptueux parc aux portes de Genève, situé à la rue de Lausanne 126. Il s’agit ici de l’histoire d’une trouvaille, une sorte de « perle de grand prix », trouvée il y a fort longtemps, dans le sable d’une petite plage située au bord du Léman, quelque part entre Tolochenaz et la ville de Morges. En contrebas de la « Promenade du Petit-Bois », pour être précis.
Cette perle, de forme cylindrique, était minuscule, d’une belle couleur orange, percée en son centre d’un petit trou. Pour mes yeux d’enfant qui découvrait le monde, c’était effectivement un véritable trésor. Je l’avais déposée dans mon mouchoir, puis ramenée à la ferme proche où je passais quelques jours de vacances.
Mais d’où pouvait bien provenir cette perle ?
L’imagination de l’enfant est souvent ramenée sans ménagement à la réalité par le monde des adultes, ce monde fonctionnel et pragmatique où la rêverie et le mystère n’ont souvent plus de place. Déposée avec précautions sur la table de la cuisine de la ferme, on m’avait ainsi expliqué que cette perle de verre provenait certainement d’une ancienne couronne mortuaire du cimetière de Morges. Un cimetière qui se trouve effectivement juste en dessus du lieu de ma trouvaille. Ces couronnes de perles multicolores étaient encore fréquentes au début de notre vingtième siècle. Elles étaient ensuite jetées sur le tas de détritus, à l’angle de cette petite forêt qui surplombait le lac, rejoignant ainsi les fleurs qui, elles aussi, agonisaient dans ces lieux. Il ne fallait dès lors pas chercher plus loin, car le recyclage n’existait pas encore à cette époque, vers 1950.
Or, pour moi, cette perle du lac était venue d’ailleurs. Elle était tombée du ciel.
André Durussel
(Art. publié dans « L’Echo Magazine)