André Durussel

Catherine Colomb vers 1917 (Fonds C.Colomb, CLSR UNIL)

Catherine Colomb, une avant-garde inaperçue.

Née à Saint-Prex VD et décédée à Prilly le 13 novembre 1965, Catherine Colomb avait perdu sa mère à l’âge de cinq ans.  Après des études classiques à Lausanne et une licence ès lettres, elle effectue des stages en Allemagne, en Angleterre et à Paris. Puis c’est son mariage et la naissance de ses deux fils, en 1923 et 1929.  Elle écrit à la dérobée, lorsque ses enfants sont à l’école, et elle publie un premier roman, intitulé : « Pile ou Face » en 1934, mais son œuvre débute véritablement avec « Châteaux en enfance » (1945), « Les Esprits de la terre » (1953), puis « Le Temps des anges » (1962).

Si elle s’est toujours tenue elle-même à l’écart des courants littéraires, elle devient ainsi, sans bien même s’en rendre compte, la représentante d’une avant-garde, c’est-à-dire en avance sur son temps. Reconnue par le poète Gustave Roud, et par Jean Pauhlan en France, elle demeure toutefois « une rebelle à l’écart », comme l’écrivait si pertinemment Sylviane Dupuis dans l’introduction à cet ouvrage qui propose des approches comparées et d’intertextualité fort intéressantes. (Edit. MetisPresses, coll. Voltiges, oct. 2017, 176 p.)

Il nous a semblé intéressant de reproduire ici un souvenir de l’éditeur et journaliste Bertil Galland. Il restitue en effet l’image de cette « Avant-garde inaperçue » qu’était Catherine Colomb :

L’Association vaudoise des écrivains s’avisa de présenter dans un hôtel de Lausanne la production de ses membres. Le signataire de guides de tourisme pédestre, plus entouré que le poète du « Petit traité de la marche en plaine », voisinait avec d’honorables plumitifs publiant leurs oeuvres à compte d’auteur. Des volumes jaunis par l’indifférence s’accotaient à des monographies régionales.

Soudain, je vis une image inoubliable. Une femme distinguée aux joues creuses, solitaire, presque tragique, était assise à une table rectangulaire, à l’écart, derrière deux piles de ses livres qui n’intéressaient personne. Sous une toque, ses yeux vifs révélaient une intelligence à l’affût et une perplexité : Catherine Colomb ! « Que fais-je ici ? » semblait-elle penser la romancière. Peut-être songeait-elle à ses amis de Londres ou même à Virginia Wolf. (Cahiers Gustave Roud, No 14-2011, p.158)

André Durussel